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Vices et vertus de la simplicité

À l’heure de l’optimisation de l’expérience client, de la fluidité des usages numériques, de l’accessibilité de l’information… nombreux sont ceux qui oeuvrent à la simplification.

Alors que le big data permet de nourrir des algorithmes et des intelligences plus ou moins artificielles, les data scientists s’appliquent également à trier, filtrer, affiner pour mieux modéliser ou profiler. Ces évolutions au nom de la performance interrogent. La simplification n’a-t-elle que des vertus ? Donnant l’illusion d’une action et a fortiori d’une pensée limpide, presque linéaire, elle bannit les méandres de la pensée, les paradoxes, les particularités. Elle induit de poser des étiquettes sur les choses et sur les gens. Elle impose le schéma déductif : telle information implique telle conséquence, telle conclusion.

C’est la négation même de l’identité et de l’unicité des personnes, c’est la condamnation de la complexité de la pensée et de la création. Simplifier est une ambition dont la politique s’est aussi emparée. Certains s’appuient ainsi sur des modèles et de fausses évidences pour représenter la réalité et étayer leur cause. Le monde est pourtant d’une extraordinaire complexité. Il suffit de s’attarder sur les enjeux et les défis de la transition écologique et énergétique pour constater que ni l’analyse ni les solutions ne sont simples. Que les interactions entre causes, effets et conséquences d’une multitude de paramètres sont innombrables.

Mais le résultat est là. Une majorité de citoyens mécontents, ici et ailleurs, cède aux discours simplistes des populistes. L’histoire a montré l’efficacité du procédé…

Le développement de la facilité digitale, la perte de la culture et de la maîtrise des sciences humaines nourrissent le rejet de l’expertise, des débats, des compromis… L’immédiateté nourrit l’impatience face à l’émergence de décisions et au constat de leurs effets. Relisons Edgar Morin et Hannah Arendt, cultivons la complexité de la pensée. Nourrissons-en nos enfants, futurs citoyens. Et surtout, méfions-nous de la populaire simplicité.

Écrit pour France Défi